LE MARTELAGE : POURQUOI ? L'emploi du bronze et la présentation martelée de mes trompes suscitent parfois des interrogations auprès des sonneurs. Vous reconnaitrez sans doute qu'un artisan doit être convaincu et doit expliquer voir défendre les options qu'il a choisies même si celà prend la tournure d'un argumentaire ou d'une justification. Sachez d’abord que la quasi totalité des trompes légères vendues aujourd’hui ne sont pas finies par martelage. Si certaines sont dites chaudronnées, celà veut dire que l'ébauche de la forme du pavillon a été faite effectivement avec un maillet. Mais l'étape de finition de ce pavillon (la plus importante) est le plus souvent confiée à un tour à décolleter qui, par enlèvement de matière, donne un fini ultra lisse de type industriel. Ce n’est pas une limitation en soi, une trompe non martelée sonne mais elle aura un timbre plus mat et la résistance mécanique du pavillon (à épaisseur égale) sera moins grande que si sa surface est écrouie, c’est à dire durcie, par le martelage. Si certains peuvent préférer le côté mat du timbre d'un pavillonn non martelé, d'autres reprocheront une certaine pauvreté, un manque d'harmoniques (celles qui flattent l'oreille). C'est une affaire de goûts et aussi d'habitudes. N'oubliez pas non plus que la forme du pavillon intervient aussi de façon importante dans le timbre, et les lèvres du sonneur encore plus.
Ne croyez pas non plus que toutes les trompes anciennes aient été martelées, car dès le milieu du XIXè siècle la force de la vapeur permet le repoussage des trompes sur un tour ce qui a permis à certains fabricants de cette période de fabriquer des quantités importantes de trompes. D’illustres facteurs n’hésitent pas à utiliser cette technique ainsi, Raoux Millereau finit ces trompes par repoussage au tour vers 1875. On peut aussi se contenter de planer la surface du pavillon avec une simple barre d’acier comme on le voit sur certaines trompes de la fin du XVIIIè siècle. Mais il est indéniable que c'est avec un marteau en acier qu'on obtient le plus fort écrouissage du métal, c'est une méthode inégalable qui permet de durcir et de polir le métal d'un seul geste, sans nuire à l'intégrité du métal.Prolonger cette tradition du martelage manuel me parait être l’essence même d’un travail dit artisanal. et constitue une véritable obligation quand on prétend faire des trompes à la main. Car il faut plusieurs années de pratique pour obtenir un martelage régulier et bien fait. Notons qu’un véritable martelage nécessite environ trente mille coups de marteau soit environ six heures de labeur pour couvrir chaque millimètre carré de la surface du pavillon.Mais il n’y a pas que la déontologie, l’utilité ce ce travail est évidente et on peut dire que du martelage découlent des avantages mécaniques et acoustiques qui améliorent la longévité et les qualités sonores de l’instrument. Ainsi un bronze qui offre une résistance mécanique de 400 Newton par mm2 passe à 680 Newton par mm2 à la suite d’un fort écrouissage (martelage). De même l’indice de dureté passe de l’indice 75 à 205 (Normes Françaises NF A 51-108). Trois avantages découlent donc du martelage :. . un timbre plus brillant : dans la perception du timbre c’est une évidence de constater que plus le métal est dure plus le timbre s’enrichit d’harmoniques, celui ci semblant plus brillant.. . une plus grande résistance mécanique : le métal étant plus tendu, il procurera une meilleure tenue du métal aux petits chocs.. . une meilleure protection contre l’oxydation : grâce à l’augmentation de l’indice de dureté, le métal résistera mieux à l'attaque des agents chimiques.
Peut on vraiment se passer de ces avantages ? LA FINITION MARTELÉE : POURQUOI ? Rien de plus simple pour un marchand que d'affirmer que sa trompe est faite entièrement à la main et qu'il l'a patiemment martelée alors qu'en fait elle est finie au tour et polie de façon industrielle. Une telle trompe, rappelons le, saura peut être vous contenter, mais il y a supercherie sur l’authenticité du travail. Quelle intérêt l’artisan peut-il avoir à faire disparaitre les preuves de son labeur, si profitable à la qualité de son ouvrage ? Les fabricants de cymbales eux l’ont bien compris, leurs modèles haut de gamme sont fondus en bronze et arborent leur finition martelée, les modèles ordinaires se contentant d’une finition lisse.Il ne nous appartient pas d’édicter des lois sur le bon goût, la finition lisse a et aura toujours des partisans et ce choix est tout à fait légitime et respectable. A l'inverse on peut tout aussi bien opter pour une finition martelée car il y a là une preuve flagrante d'attachement pour le véritable travail manuel et surtout une garantie visuelle de la qualité du travail.Il n’y a aucun intérêt ni acoustique, ni mécanique à rendre le métal lisse après martelage au contraire, celà conduit à diminuer l'épaisseur du métal de façon dangereuse et à affaiblir les soudures.Les milliers de facettes crées par le marteau sur l'airain donneront chaleur et brillance au son de votre trompe et garantiront une plus grande longévité du métal. Soyez en fier !
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