Martelage

V6 avril 2014

 

La finition par martelage : pourquoi ?

La présentation martelée de mes trompes suscitent parfois des interrogations auprès des sonneurs.

Sachez d’abord que la totalité des trompes légères vendues aujourd’hui ne sont pas finies par martelage.

  Si certaines sont dites chaudronnées, cela veut dire que l'ébauche de la forme du pavillon a été faite effectivement avec un maillet. Mais l'étape de finition de ce pavillon (la plus importante) est le plus souvent confiée à un tour à décolleter ou à repousser qui, par enlèvement de matière ou par étirage du métal, donne un fini ultra lisse de type industriel. Cette opération d’étirage ou de décolletage modifie de façon irrégulière et incontrôlée l’épaisseur du métal, alors que le martelage préserve  l’épaisseur par un très faible allongement du métal et garantit une résistance mécanique homogène sur toute la surface du pavillon. C'est avec un marteau en acier qu'on obtient le plus fort écrouissage du métal, c'est une méthode inégalable qui permet de durcir et de polir le métal d'un seul geste, sans nuire à l'intégrité du métal.

  Le bas des pavillons étirés par repoussage est toujours beaucoup plus fin et fragile et se froisse aisément. Quant au décolletage, c’est le pire, car l’ouvrier qui ôte la matière à vue , avec un outil coupant et à main levée, ne peut pas et n’a pas le soucis de savoir  quelle quantité de matière il prélève et ce qu’il va rester sur le pavillon. Ce sont ces pavillons qu’on retrouve souvent en réparation, froissés au moindre petit choc, sans aucune solidité ; ces pavillons n’ont aucune résistance mécanique, et bientôt le métal va se déchirer en cas de chocs répétés ou plus violents.

  Il n’y a qu’une méthode pour obtenir un pavillon solide mais dans un métal fin pour que la trompe soit facile à sonner et que le timbre soit agréable, c’est le martelage.

L’utilité ce ce travail est évidente et on peut dire que du martelage découlent des avantages mécaniques et acoustiques qui améliorent la longévité et les qualités sonores de l’instrument.

Ainsi un bronze qui offre une résistance mécanique de 400 Newton par mm2 passe à 680 Newton par mm2 à la suite d’un fort écrouissage (martelage). De même l’indice de dureté passe de l’indice 75 à 205 (Normes Françaises NF A 51-108).


Trois avantages découlent donc du martelage :


. un timbre plus brillant : dans la perception du timbre c’est une évidence de constater que plus le métal est dure plus le timbre s’enrichit d’harmoniques, celui ci semblant plus brillant..

. une plus grande résistance mécanique : le métal étant plus tendu, il procurera une meilleure tenue du métal aux petits chocs.

. une meilleure protection contre l’oxydation : grâce à l’augmentation de l’indice de dureté, le métal résistera mieux à l'attaque des agents chimiques.


Peut on vraiment se passer de ces avantages ?


   Une trompe non martelée sonne malgré tout mais elle aura un timbre plus mat et la résistance mécanique du pavillon, à épaisseur égale, sera moins grande que si sa surface est écrouie, c’est à dire durcie, par le martelage. Si certains peuvent préférer le côté mat du timbre d'un pavillon non martelé, d'autres reprocheront une certaine pauvreté, un manque d'harmoniques (celles qui flattent l'oreille). C'est une affaire de goûts et aussi d'habitudes. N'oubliez pas  cependant qu’en matière de timbre, la forme du pavillon  et les lèvres du sonneur sont prépondérants.

   La finition du pavillon par martelage est certainement le geste le plus technique et le plus abouti du faiseur de trompe.

Il est en effet très difficile de contrôler l’allongement du métal tout en conservant un galbe régulier au pavillon.

Seule une main très expérimentée peut assurer cette tâche, très bénéfique au timbre et à la solidité du métal.

Cette méthode de finition, héritée des faiseurs du XVIIIè siècle comme Raoux, est sans rivale.

Les trompes dites martelées sont le fleuron de ma fabrication.


Une estimation précise en avril 2014 a donné le résultat suivant :

trompe dite lisse :  29 000 coups de marteau

trompe dite martelée : 80 000 coups de marteau dont 52 350 pour le seul martelage de finition  qui à lui seul demande 6 heures de martelage effectif sans interruption.

Estimation sur la base d’une cadence manuelle à 150 coups par minutes.

La finition légèrement martelée actuelle :

A l’heure actuelle, je m’applique donc à obtenir un martelage le plus régulier possible, ce qui impose de ne laisser aucune zone non martelée : les coups de marteau, très serrés les uns aux autres permettant de mieux contrôler l’allongement du métal et ainsi de préserver le galbe harmonieux du pavillon.

Un tel martelage, très soigné, demande environ 6 heures de travail effectif sans interruption soit environ 52 350 coups de marteau : c’est une estimation précise réalisée en avril 2014  sur la base d’une cadence à 150 coups/mn.

En réalité, depuis que la trompe de chasse existe, disons depuis la fin du siècle de Louis XIV, les faiseurs ont plutôt cherché à rendre leur trompe lisse et à faire disparaître toute trace de martelage.

J’ai pour ma part débuté ainsi, martelant soigneusement mes trompes puis faisant disparaître les coups de marteau pour que mes pavillons aient la finition lisse que l’on voit partout.

   En 1995, la trompe n° 118 en bronze a été la première trompe que j’ai proposée en finition martelée.

La technique de finition au marteau a été abandonné depuis bien longtemps. Elle est plutôt typique du XVIIIè siècle. Il va sans dire que tous les faiseurs actuels, qui ont mécanisé la fabrication du pavillon pour aller plus vite, ne la pratiquent pas.

  Le martelage vous garantit une solidité accrue car le métal ainsi écroui (durci) résiste mieux aux petits chocs. En outre, le timbre s’enrichit.

Enfin on ne peut pas rester insensible à la beauté d’un tel travail qui demande une patience à toute épreuve et une très forte expérience de la main.

Un pavillon ultra-martelé

Seules dix -sept de mes trompes ont été ainsi martelées :

Ici la trompe 144 en bronze et argent sculpté

Un pavillon fortement martelé

Ici une de mes rares trompes en cuivre rouge

Aspect du martelage actuel

Ici la trompe 341 en bronze

Pierre de Surrel

V6 avril 2014

Montrer le martelage : pourquoi ?

Il est facile d’affirmer qu’une trompe est faite entièrement à la main et qu'elle a été patiemment martelée alors qu'en fait elle est finie au tour et polie de façon industrielle. Une telle trompe, rappelons le, saura peut être vous contenter, mais il y a supercherie sur l’authenticité du travail. Quelle intérêt l’artisan peut-il avoir à faire disparaitre les preuves de son labeur, si profitable à la qualité de son ouvrage ? Les fabricants de cymbales eux l’ont bien compris, leurs modèles haut de gamme sont fondus en bronze et arborent leur finition martelée, les modèles ordinaires se contentant d’une finition lisse.

   La finition lisse a et aura toujours des partisans et ce choix est tout à fait légitime et respectable. C’est pour cette raison que je propose désormais un modèle en bronze lisse. A l'inverse on peut tout aussi bien opter pour une finition martelée car il y a là une preuve flagrante d'attachement pour le véritable travail manuel et surtout une garantie visuelle de la qualité du travail, c’est à dire d’avoir un pavillon écroui, solide donc, résistant mieux aux petits chocs. Il n’y a aucun intérêt ni acoustique, ni mécanique à rendre le métal lisse après martelage au contraire, cela peu conduire à diminuer l'épaisseur du métal de façon dangereuse.

Les milliers de facettes crées par le marteau sur l'airain donnent chaleur et brillance au son de nos trompes et garantissent une plus grande longévité du métal. Soyons en fier et montrons le !

Gros plan

(trompe 341 en bronze)

L’évolution de mes martelages :

Vous trouverez mes trompes martelées sous des aspects différents : légèrement martelé, fortement martelé, et ultra-martelé (rare). Ce martelage a en effet évolué au cours du temps, en fonction du goût de chacun ou de mes propres désirs.

  J’ai d’abord souhaité un martelage très prononcé, d’où cette appellation ultra-martelée  qui a existé un moment mais seulement dix-sept trompes ont été faites ainsi. Il s’agissait d’obtenir un aspect de surface très marqué, pour bien faire la différence avec les finitions lisses. Certains martelages, volontairement chaotiques donc, ont même été fait de la main gauche. Dans le même temps, on m’a demandé au contraire des martelages très discrets, à peine perceptibles à l’œil ; ils sont beaucoup plus faciles à réaliser parce que le métal s’allonge moins mais dans les deux cas le métal était écroui, c’était l’essentiel. Aujourd’hui, je cherche à obtenir une finition légèrement martelée, la plus régulière possible ; il y faut encore plus de temps et de concentration, mais le résultat est nettement plus esthétique.

   Techniquement il est très difficile de contrôler l’allongement du métal, surtout quand on bat un métal fin. Lorsque vous martelez, la vue, l’ouïe, le toucher, tout interagit pour vous indiquer où et comment vous devez frapper. Le martelage est une affaire d’expérience et il faut des années de pratique pour le contrôler. 

Définition :

Il convient de dissocier le martelage et le martelage de finition.

Dès l’ ébauche du pavillon, quand il est chaudronné ou forgé (et non repoussé au tour), le marteau ou le maillet interviennent. Mais chaque faiseur a sa méthode et je ne rentrerai pas dans le détail.  Pour ma part un modèle dit lisse est fait de plusieurs martelages successifs totalisant environ 29 000 coups de marteau. Le modèle dit martelé en demande 53 000 de plus pour le seul martelage dit de finition, ce qui monte à 80 000 coups au total. 

  Certains modèles industriels sont prétendus chaudronnés mais tous sont finis au tour à repousser ou à décolleter. Cela n’a donc rien à voir avec une fabrication au marteau et ces pavillons sont fragiles et mous.

    Ce qui compte, c’est que votre pavillon soit durci, (on dit écroui) en toute fin de fabrication, pour qu’il soit plus solide et qu’il prenne des qualités de résonance. Pour cela la finition au marteau est absolument inégalable. Elle durcit et polit le métal sans aucun enlèvement de matière grâce à l’action du marteau, par écrasement des molécules.

Si vous voulez un pavillon de grande qualité, il vous faut donc un métal rigide ; le bronze est idéal car il est beaucoup plus dure que le laiton ou le cuivre. Enfin il faut le finir en le battant au marteau, car c’est la méthode idéale pour rendre le métal plus dense et lui donner du ressort.

Mes anciens martelages :

Si les trompes anciennes étaient martelées :

Ne croyez pas que toutes les trompes anciennes aient été martelées, loin de là car dès le milieu du XIXè siècle la force de la vapeur permet le repoussage des trompes sur un tour ce qui a permis à certains fabricants de cette période de fabriquer des quantités importantes de trompes, déjà mécanisées donc. On trouve des traces de repoussage au tour  chez les facteurs qui suivent  : Raoux-Millereau, Gohin, Thibouville, Pelisson, Couesnon. Toutes ces trompes sont de la deuxième moitié du XIXè siècle.


   On trouve des traces de martelage sur des trompes dès le tout début du XIXè siècle notamment sur les trompes de la maison Raoux. Elles ne sont pas toujours aisément visibles. C’est parfois en déposant la guirlande que l’ on découvre les traces sur le pavillon.

Je vous donne plusieurs exemples de trompes qui m’ont été confiées pour restauration et qui portaient visiblement des traces de martelage sur leur pavillon :


. Raoux seul fournisseur du Roi rue Serpente à Paris, faite entre 1821 et 1857, (réparations n° 177, 179, 195).

. Raoux fournisseur du Conservatoire rue d’Angoulème n° 66 Paris, faite entre 1857 et 1878, (réparation n° 511)

. Halari rue Mazarine, faite entre 1817 et 1853, (réparation n° 180)

. François Périnet à Paris, faite entre 1829 et 1849, (réparations n° 183, 203)

. Joseph Pettex-Muffat successeur de François Perinet 31 rue Copernic 31 Paris , faite entre 1883 et 1905,  (réparation n° 184).

. François Périnet rue Copernic près l’arc de l’étoile à Paris, faite entre 1870 et 1874, (réparation n° 202)

. François Périnet rue Fabert 40 ter Paris, faite entre 1947 et 1967, (réparations n° 266, 396).

. François Périnet Michel Bureau successeur , faite vers 1990, (réparation n° 262).

Trompe n° 362 en bronze, en cours de martelage

Ecoutez la différence de son

entre un métal martelé et non martelé

Cuivre

Laiton

Le martelage de finition,

6 heures de martelage sans interruption : 52 350 coups de marteau !

Bronze